L’éclectisme comme l’un des Beaux Arts
Surréaliste, décorateur, on ne sait plus quelle étiquette coller à Etienne Cournault. Curiosité ou découverte?
La lumière formidable, les couleurs fines et discrètes des cimaises donnent un éclat particulier à la traversée du Musée des Beaux Arts de Nancy et de ses collections qui s’étalent du XIVe jusqu’au XXe siècle. C’est dans ce cadre qu’a lieu l’exposition d’Etienne Cournault (1891- 1948) dont le musée possède des fonds importants, enrichis par de patientes acquisitions depuis des décennies. Etrange parcours de cet « artiste local » en quelque sorte – Cournault est né à Malzéville, près de Nancy. Le commissaire, Christian Debise, parle d’un créateur inclassable, terme élégant pour remplacer celui d’éclectisme. De fait, quand on suit les différentes sections de l’exposition, on a pratiquement l’impression de se trouver face à plusieurs créateurs, tant les styles, les supports et les techniques varient. On n’est pas étonné d’apprendre que l’artiste admirait Picabia, ce maître-caméléon. Plus troublant, l’œuvre de Cournault semble hésiter entre un penchant pour la décoration– y compris pour la fabrication d’objets – et la peinture. Ainsi, dans la première section on trouve des images (peintures ??) sous verre réfléchies en miroir, installées dans des cadres profonds, mi objets décoratifs, mi tableaux. (Le Jupon, 1927). Ce n’est pas simple coïncidence si ces œuvres attirent l’attention du couturier et collectionneur Jacques Doucet à la première exposition de Cournault en 1928. L’artiste change par la suite de registre et s’intéresse à une forme artistique nettement plus frustre, réalisant une série de graffitis inventifs. Ces figurines faussement enfantines évoquent déjà ceux ???? les graffitis (ou les figurines ???? en ce cas celles, plus tardives), plus tardifs, de Dubuffet. D’ailleurs, comme le père de l’art brut, Cournault varie sans cesse les matériaux et les supports. Ainsi, il fait appel au sable qu’il mélange à des pigments encore frais et obtient une surface régulière qui absorbe la lumière. Plus étonnante est sa technique de la fresque, une technique ancienne, « archaïque », qu’il pratique sur ciment, poterie ou encore métal. Ces œuvres, comme les peintures sur sable, ont une surface mate, légèrement rêche. Tout laisse à penser que Cournault, pris par ses différentes (tout à ses diverses) expériences, néglige parfois l’aspect pictural, ici de qualité inégale. Par contre, les visages dans la section Têtes, figures et masques offrent un éventail plus riche de cette création. Ces faces éclatées, ces « portraits » sans nom, s’éloignent de la tradition humaniste dont hérite le visage, récusent les critères classiques de la psychologie ou de l’expression (la très belle Tête sombre, 1929- 1946). Puis, suivent des travaux proches du surréalisme, mouvement dans lequel on range souvent Cournault, faute de mieux. Affiliation qui se justifie avec une oeuvre comme La Neige, 1944 - peinture sous verre et feuilles d’or – un personnage (?) dont les lignes qui s’enroulent (lignes en spirale?) décomposent la figure et la transforment en mouvement. L’artiste refuse cette appartenance et déclare : « la folie (surréaliste) voulue est bien facile. Si j’avais voulu glisser sur cette pente, j’aurais été plus loin qu’eux ». On ne le saura jamais.
Itzhak Goldberg
ETIENNE COURNAULT-LA PART DU REVE, jusqu’au 26 mai, Musée des Beaux-Arts de Nancy, 3 place Stanislas, 54000 Nancy, tel : 03 83 17 86 77, www.mban.nancy.fr, tlj sauf mardi 10 h-18 h, cat éd Snoeck, 22 E, entrée 6 E.
Commissaire Christian Debise Une centaine d’œuvres.