Il était une fois Support/Surface dont la théorie était fondée sur la répétition de motifs simples sur un matériau libéré du cadre et du châssis. Devenu mythique, ce dernier groupe d’avant-garde français cherchait à démystifier l’objet artistique en exposant différentes techniques et manipulations qui participant au processus de sa fabrication. Dès 1966, Viallat ou Dezeuze, Devade ou Dolla, passent en revue tous les constituants physiques du tableau de chevalet - toile, cadre, châssis -, chaque artiste se donnant un champ d’étude et d’action spécifique. C’est ainsi que Claude Viallat invente une forme qui ne relève que du domaine visuel car, tout en restant immédiatement reconnaissable elle est impossible à nommer. Devenue la signature de l’artiste, ni organique ni géométrique, ni symbolique ni figurative, à mi-chemin entre le haricot et la palette (est-ce un simple hasard ?), cette marque colorée est répétée sur une toile non tendue, distribuée sur une bâche ou un autre matériau de hasard, souvent aux contours irréguliers. De telle sorte l’artiste, qui expérimente un geste pictural simple et archaïque, dénué de toute virtuosité ostentatoire, se donne comme but de retrouver les “origines de la peinture”. Au fil des ans, le support a légèrement évolué : les bâches, simples surfaces de toile brute, sont maintenant des morceaux de tentes militaires avec leurs sangles et leurs petites fenêtres fermées. La présentation aussi a changé : la bâche a fait place à des toiles superposées. Si le motif demeure identique, les couleurs et leurs harmonies, parfaitement maîtrisées, varient sans cesse. L’exposition récente est une rétrospective, où le parcours, pas toujours facile à suivre, permet de comprendre l’évolution complète de cette production. Particulièrement éclairant est le chapitre qui montre la genèse du fameux « haricot », résultat d’une lente gestation, loin de tout fantasme d’une apparition fulgurante. Ailleurs, on découvre les plus anciennes peintures figuratives de Viallat, peu connues, ou encore sa fascination pour la tauromachie. D’autres sections (Un artiste de la matière, L’éloquence de la couleur ou encore Jeu des supports) offrent des analyses précises du processus de travail de celui qui prétend que : « je n’apprends pas la peinture, c’est elle qui m’apprend ce qu’elle est ». Face à ce feu d’artifice chromatique jouissif, qui flirte parfois avec le décoratif, le plaisir de l’œil est immense. Le seul défaut de l’exposition est sa générosité. Boulimique, l’artiste cherche à tout montrer au risque de dépasser la capacité visuelle des spectateurs. Trop d’éloquence tue l’éloquence ? Itzhak Goldberg
L’œuvre sans fin
Claude Viallat et le motif comme signature
Exposition — Viallat, une rétrospective, Musée Fabre, Montpellier, jusqu’au 2 novembre