Une galerie française à New York ? Pas si vite. Essoufflé par les derniers préparatifs de l’exposition du peintre iranien Farhad Moshiri, dont il organise le soir même un vernissage, Emmanuel Perrotin glisse au passage que sa collègue, Dominique Lévy, est en fait d’origine suisse. Lévy et Perrotin, installés dans le même bâtiment, sur la très exclusive Madison Avenue, vivent chacun leur aventure.
On a rencontré Dominique Lévy quelques heures avant l’ouverture de ce qu’elle considère comme son exposition la plus importante, celle d’Opalka, qui coïncide d’ailleurs avec le premier anniversaire du lieu.
Est-ce un rêve de devenir une galeriste à New York ?
Non, le rêve est de devenir une galeriste. Je crois que quand on a la passion de l’art, quand on a envie de le montrer et de le partager, c’est un choix naturel. Je me sens aussi bien galeriste que marchande d’art ou conseillère artistique. Est ce que New York était mon rêve ? Non, au départ c’était l’Europe. Il se trouve que j’ai été approchée contactée par François Pinault pour puis ??? par la direction du son département international de Christie’s. L’idée de m’installer à New York m’a excitée énormément ; au bout de trois jours, je m’y suis sentie à la maison. Mais pour moi ce qui est important, c’est la galerie. Il s’avère que c’est à New York et c’est magnifique, car New York, c’est le cœur du marché de l’art.
New York est-elle encore la capitale des arts ?
Oui, je pense. Peut-être plus moins dans la créativité qui se trouve rencontre un peu partout : Los Angeles, Berlin, dans un tas de pays émergents. Mais New York reste l’endroit où l’on voit l’art, où l’on écrit sur l’art, où l’on vend l’art, où l’on vit l’art. New York reste le pôle de l’action et du regard.
Est-il plus difficile de démarrer un artiste à NY qu’ailleurs ?
Non, je crois que le contexte est aujourd’hui plus international. Un artiste peut démarrer à Londres, à Hong Kong ou ailleurs. La localisation est beaucoup moins importante. Avec les foires, la mondialisation, ce n’est plus un problème de géographie.
Justement, les foires semblent moins présentes, moins imposantes à New York…
Vous savez, à New York, vous avez une telle concentration de galeries que les foires deviennent presque inutiles. Si vous vous déplacez pendant trois jours dans New York, vous aurez probablement vu plus que dans n’importe quelle foire. Les foires sont peut être moins nécessaires. Mais celles de NY ont pris de l’importance ; Freeze New York, Armory Show se sont grandement développées même si elles n’ont pas la puissance de Bâle.
Cette ??? promenade artistique à New York permet-elle de dégager un style, une tendance nouvelle ?
Une tendance ? Absolument pas. La grande caractéristique de notre époque est la liberté de création, la recherche voire la confusion, qui font qu’on ne voit plus aucun des ismes qui ont fait leur apparition dans l’après-guerre.
Parlons du marché. Les prix sont-ils ici plus élevés qu’ailleurs ?
Non. Je reviens sur ma position : il n’y a plus de géographie. Les prix sont très élevés pour des œuvres de grande qualité mais ces ventes sont réalisées aussi bien à Londres qu’à Hongkong. Certes, New York et Londres sont de grands centres financiers, donc en général les prix obtenus y sont plus importants, mais on voit des records s’établir aussi bien à Genève qu’à Paris. Mais ce n’est pas New York contre Paris ou Genève, mais plutôt un marché global où, j’insiste, les prix sont liés à la qualité.
Est-il difficile d’être une galerie française à New York ?
Je ne me sens pas française et d’ailleurs je ne le suis pas. Francophone peut être, francophile au moins pour la langue. Je me sens une galerie européenne.
Est-il est difficile d’être une galerie européenne à New York ?
Oui, car il existe encore une forme de chauvinisme de l’art américain. Une de mes passions, c’est de montrer l’art européen ici. Pas seulement, car je montre également des artistes américains, mais jusqu’à maintenant, les grandes expositions que j’ai montées sont des expositions d’artistes européens. Par exemple, l’année dernière, avec Emmanuel Perrotin, nous avons monté une exposition importante de Pierre Soulages et publié un livre sur Soulages et l’Amérique. J’ai l’impression d’être une pionnière, d’aller à contre-courant même s’il existe une vraie sensibilité, une vraie ouverture face à ces expositions. Je ne suis d’ailleurs pas la seule. Pas loin d’ici, la galerie Luxembourg- Dayan fait aussi ce type d’exposition et d’autres galeries américaines montrent également de temps à autre des artistes européens.
Y a t-il des liens entre les galeries et les musées ?
Oui, il existe de vrais rapports liens. Les conservateurs ont le droit ???? (la possibilité ?? l’opportunité ??) d’écrire dans les catalogues des galeries. J’emprunte souvent des œuvres aux musées (le Musée de St Francisco ou le MOMA parmi d’autres). On fait le même métier de façon différente. Il n’y a pas ce vrai snobisme qu’on voit ailleurs, on forme tous une équipe. Par exemple, le Whitney va faire une exposition importante de Stella que je co-représente et on est très impliqué pour trouver des tableaux.
Vous semblez accorder beaucoup d’importance à l’exposition d’Opalka que vous ouvrez aujourd’hui ?
Oui, pour moi c’est un artiste essentiel dont le geste unique, impossible, n’est pas encore assez reconnu. C’est un don du corps et de l’âme, une façon de repousser les limites du minimalisme et de l’art conceptuel. On trouvera à l’exposition aussi bien les œuvres les plus anciennes que les dernières qui s’approchent d’un blanc absolu.
A l’opposé de l’œuvre silencieuse d’Opalka, on assiste au festival Koons, à Whitney mais aussi un peu partout à NY. Qu’en pensez vous ?
C’est un artiste que je connais très bien, que j’aime et que je respecte. Je pense que l’exposition de Whitney lui rend enfin justice. On a l’habitude d’associer Koons au kitsch et au pop, au fait qu’il soit ???? du fait qu’il est ????un des artistes les plus chers. Pour moi, il y a ??? il a ????une âme, une façon subversive de regarder le luxe. En sortant de l’exposition, j’avais l’impression d’avoir vu quelque chose qui dérange dans ses excès et dans ses perfections. Je pense que les sociologues dans vingt ans vont regarder avec beaucoup d’intérêt cette œuvre.