Dans le cadre de son autocélébration, la Fondation Maeght ne propose pas cette fois un aperçu des toiles ou des sculptures « vedettes » de sa collection, mais évoque des rencontres entre les arts visuels et d’autres disciplines (musique, danse, théâtre, poésie, littérature, philosophie), qui ont donné lieu à ce que l’on appellerait aujourd’hui des performances. La liste des who’s who à avoir fréquenté la fondation semble interminable : Merce Cunningham et John Cage, La Monte Young et Albert Ayler, Boulez et Stockhausen ou encore René Char et Jacques Derrida. Photographies, vidéos et documents sonores racontent ainsi nombre d’événements qui se sont (produits) déroulés pendant les Nuits de la Fondation. Toutefois, en reprenant la phrase de Malraux, Ceci n’est pas un musée, Olivier Kaeppelin, le directeur des lieux, souhaitait éviter la vision figée d’un passé, aussi glorieux soit-il. Pour ce faire, il a fait appel aux à des artistes contemporains qui s’intéressent aux échanges entre les arts. Certes, le phénomène n’est pas nouveau ; il remonte aux Voyelles de Rimbaud, aux Correspondances de Baudelaire ou à la synesthésie pratiquée par les symbolistes et les pionniers de l’abstraction. Mais le mérite de l’exposition est de proposer une grande diversité (de collaborations) d’associations ??? proposées imaginées ???par les créateurs, même si toutes n’ont pas le même intérêt. Parmi les œuvres les plus spectaculaires (est) on remarque celle de Miro, artiste emblématique de la Fondation. Il s’agit du décor et des costumes qu’il a réalisés pour le spectacle Mori et Mema, présenté par la troupe de La Claca en 1979. Placés face à Germaine Richier et à ses hybrides inquiétants (La Montagne, 1955-98), les animaux bariolés de l’artiste espagnol forment un univers carnavalesque et débridé. Ailleurs, Piano solo d’Alain Lestié, poète et écrivain, nous emmène dans un monde parallèle où le dessin, d’une finesse exceptionnelle, semble traversé par une musique inaudible à l’oeil. Ailleurs encore, les figurines blanches de Claudine Drai, plasticienne et écrivaine qui intègre souvent l’olfaction dans ses créations, sont les « acteurs » des spectacles qui sont montés à partir de ses textes. On reste moins convaincu par l’œuvre de Damien Deroubaix, à qui la manifestation accorde une place importante, voire démesurée. Si les dessins et les gravures réalisés à partir d’œuvres de Picasso (entament) engagent un véritable dialogue avec l’artiste espagnol, alors la très grande tapisserie World Downfall (2014), inspirée par Guernica, souffre de cette comparaison. Jörg Immendorff, Gérard Fromanger ou François Rouan complètent ce parcours original mais un peu éclaté. « C’est l’esprit que nous célébrons, l’esprit de ce lieu aussi intense qu’intemporel, qui sert l’art et la pensée », écrit Kaeppelin. Sans doute, mais rien de plus difficile que de rendre un esprit visible. Le spectateur, lui, peut comprendre la nature des liens entre les œuvres et leur contexte musical ou théâtral à l’aide des textes pédagogiques précis qui accompagnent le trajet.
Commissaire : Olivier Kaeppelin Œuvres : 200