Dire qu’on était tranquille avant ! On avait la certitude que la visite d’une ménagerie, l’après-midi d’un dimanche ensoleillé, ne comportait aucun risque. Le tigre dormait, les singes singeaient, les tortues géantes broutaient lentement leur feuilles de salade. Mais c’est fini, tout ça. Non content d’envahir les églises désaffectées, les zones en friche ou les appartements des particuliers, l’art pénètre dans des cages. Au Jardin des Plantes, Braco Dimitrijevic, artiste yougoslave, propose une compagnie inattendue aux animaux et installe des sculptures et parfois même des tableaux dans leurs lieux d’habitat. Ainsi, les léopards sont dotés d’un masque cubiste noire en métal et d’une version du Carré noir de Malevitch, fabriqués pour l’occasion. Ailleurs, un lion, inoffensif mais perplexe, a hérité comme voisins un buste d’enfant sur un socle et son (?) image encadrée et accrochée au fond, le tout titré “Les souvenirs d’enfance”. L’idée est originale et amusante, les oeuvres classiques. Selon les organisateurs, le Jardin des Plantes a toujours été “un lieu d’accueil de l’art animalier”. Des artistes comme Doré, Daumier, Douanier Rousseau ou Pompon y ont trouvé des modèles pour leurs oeuvres. Le travail de Dimitrijevics renverse l’ordre habituel en proposant une sorte de land-art zoologique de proximité. Il est dommage, toutefois, qu’à l’image des animaux enfermés, l’artiste garde son humour en laisse. Ainsi, les panneaux pédagogiques sont d’un symbolisme lourd pour ne pas dire d’un sérieux mortel. Espérons seulement qu’aucun d’habitants de ce lieu n’a pas appris les secrets de la lecture. Braco Dimitrijevic, Ménagerie du Jardin des Plantes, 3 quai Saint-Bernard, jusqu’au 10 novembre.