Le titre du livre, Un jour ils auront des peintres, emprunté à Matisse, résume bien les départs difficiles des artistes américains. Avant de penser à créer des oeuvres, ces pionniers, qui s’installent en Nouvelle-Angleterre au 18e siècle, eurent d’abord à résoudre des problèmes pratiques. En outre, leur puritanisme leur faisait proscrire les images religieuses et les éloignait des arts plastiques, manifestation d’un luxe de vie que leur religion condamnait. Les rares peintres de la période coloniale gardent encore logiquement les canons esthétiques anglais. D’ailleurs, la condition de leur réussite passait souvent par le retour à Londres et l’admission à la Royal Academy. Ainsi, la première école de peinture américaine, le Hudson River School (1820), a pour thème les vastes panoramas de ce pays, véritables affirmations d’indépendance aux accents panthéistes. “Dans le domaine du paysage notre pays est le premier du monde” déclarait Worhington Whittredge. L’enrichissement industriel après la guerre de Sécession fait naître une génération de mécènes qui sont à l’origine de l’ouverture des musées sur le Nouveau Continent. Toutefois, ces hommes (et femmes) restent attirés par le prestige de l’art européen. Les artistes, eux, sont tiraillés entre la modernité représentée par différents mouvements d’avant-garde (impressionnisme, cubisme, futurisme…) et la volonté de fixer ce qu’on a nommé l’American Scene. Ce n’est que dans les années quarante qu’on assiste, avec l’expressionnisme abstrait, au triomphe de l’école de New-York. L’ouvrage d’Annie Cohen-Solal, un agréable roman, accompagne ce parcours à l’aide d’innombrables anecdotes biographiques et des informations sur le contexte général. L’analyse des oeuvres comme celle de la spécificité des créateurs américains reste mineure. Un jour, ces artistes auront un livre qu’ils méritent. Annie Cohen-Solal, Un jour, ils auront des peintres, Gallimard, 440 p.
Un jour, ces artistes auront un livre qu'ils méritent
Histoire de la peinture américaine