Il y a des signes qui ne trompent pas. Le message français enregistré à l’attentions des visiteurs du Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, est suivi par sa version allemande. Ce choix logique, qui respecte la position géographique du capital d’Alsace, se voit renforcé par une politique d’acquisition et de conservation qui accorde une place importante aux artistes originaires d’une part et d’autre de la toute proche frontière. Le souci de s’intégrer dans un contexte particulier n’a rien du chauvinisme ou d’un régionalisme suranné. Grâce aux importantes collections qui recouvrent l’essentiel de la création artistique dès 1870 à nos jours, le musée garde toute sa dimension internationale. Toutefois, la volonté de proposer aux visiteurs un lieu qui garde son caractère propre, le refus de se transformer en une version de plus d‘“artistiquement correcte” se reflète dans le choix des oeuvres et leur accrochage. Ainsi, la présentation ne cherche pas de mettre en scène une progression linéaire et n’impose pas au spectateur un parcours à sens unique. Le cheminement, qui garde des indications pédagogiques nécessaires permet aussi, çà et là, de faire le mur ou de prendre le chemin d’écolier. Il n’en reste pas moins que certaine conception de l’histoire de l’art, partagée par les conservateurs, s’affiche bel et bien. Elle trouve sa meilleure illustration avec la place réservée au symbolisme, ce mouvement du fin de siècle, souvent négligé. Une démarche qui se justifie parfaitement quand on connaît son poids déterminant dans la formation d’un Kandinsky et d’un Mondrian et le rôle capital pour la modernité d’un Klimt. (L’Accomplissement, 1909). On peut, n’en déplaise pas à Rodolphe Rapetti, l’énergique directeur des Musées de Strasbourg, de se montrer moins enthousiaste par l’oeuvre de Gustave Doré, enfant chéri de la même ville. Son énorme “machine”, Le Christ quittant le prétoire(6X9 mètres) remplit, en effet, une salle entière. Infiniment plus petite par sa taille, mais rayonnante par sa dimension spirituelle est l’oeuvre variée de Hans Jean Arp, l’artiste dont le double prénom est emblématique du bouleversement des frontières artistiques. Au coeur de la collection, cette dernière est entourée de diverses tendances stylistique qui traversent la première partie de 20 siècle (expressionnisme, dadaïsme, surréalisme avec un très beau ensemble de Victor Brauner, abstraction avec plusieurs Kupka étonnants,). Pour les années 60 et leur suite, il faut monter à l’étage. Fluxus, Arte Povera, des installations de Boltanski, de Nam June Paik ou de Collin-Thiébaut, les différents représentants d’avant-garde se trouvent ici en concurrence directe avec la panorama qui s’ouvre sur la vieille ville et la rivière. La transparence avec l’environnement répond ici à une volonté explicite d’Adrien Fainsilber, le concepteur du lieu. C’est ainsi que le noyau de cette architecture, une vaste nef, permettant la circulation entre les salles, est presque entièrement vitrée. L’ensemble du bâtiment, un temple moderne un peu trop monumental, offre toutefois un volume d’exposition important, qui abrite un important cabinet d’art graphique, une riche collection photographique et enfin un parcours qui traite le design à travers l’immobilier et l’art décoratif. Gageons que dans cette ville, riche par son passé, un nouveau né tourné vers le futur, va devenir rapidement partie des meubles
Bibliographie : Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, éd. Scala. Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, 1 place Hans Jean Arp 67000 Strasbourg, tel : 03 88 23 31 31. Itzhak Goldberg