“ L’itinéraire de Peter Stämpfli est parfaitement conséquent ” ;“ Les peintures de Peter Stämpfli déploient avec […] une rationalité sans faille la logique “ auto-mobile ” des signes qui la constituent ”. Les prestigieux auteurs du catalogue (Serge Lemoine, Marcelin Pleynet, Pierre Restany), un peu courts d’inspiration, se servent du même compliment face à la rétrospective de l’artiste suisse. Louange bien mitigé ? C’est que la production plastique de Peter Stämpfli, parfaitement maîtrisée, pourrait incarner le rêve d’un historien d’art en quête de linéarité. Impeccablement alignée, elle résume les quarante dernières années du paysage artistique international. Ainsi, avec un léger décalage temporel (1963), l’artiste s’attaque au répertoire du quotidien, inauguré par le pop art. Cependant, dématérialisée, la réalité,, chez Stämpfli, n’est perçue qu’à travers des représentations, se voit remplacée par des signes. Séparés du reste du monde, ces derniers semblent dépourvus de toute fonction, de toute transitivité et ne renvoient plus à un faire mais à un voir. Dans un univers fabriqué de toutes pièces, ces images d’images ne conservent qu’une fonction analogique, refusent leur rôle traditionnel- symbole, métaphore poétique ou faible miroir du réel-et réclament leur autonomie. l’objet perd de son existence, devient mirage Rapidement, toutefois Stampfli, fait de l’automobile, cet objet triomphal de la consommation et d’où se dégage une sensation de vacuité et de vide psychologique, son thème de prédilection son emblème même. À l’aide d’effets de zoom, et dans une facture neutre, il divise et met en scène de façon précise et autonome les différents fragments de la carrosserie, avant de se fixer sur la roue. Stämpfli développe dès lors une œuvre qui, partant d’un hyper-réalisme diaphane, aboutit à une abstraction où la structure géométrique du caoutchouc du pneu reste toujours évidente. Sensible aux réflexions contemporaines sur le support et les rapports entre l’image et son environnement, le peintre expérimente également les châssis découpés, prolonge le tracé de sa toile sur le mur ou encore produit, pour des lieux publics, des travaux monumentaux. Stämpfli, ce “ Maître du pneu ”, propose une œuvre sans faille ; son seul défaut reste d’être prévisible.
Peter Stämpfli : la logique automobile de la peinture
automobile et abstraction géométrique
Exposition — Stämpfli, Galerie nationale du Jeu de Paume, Paris, jusqu’au 5 janvier