A l’occasion de l’Exposition universelle de 1855, les frères Goncourt, remarquent : “le paysage est la victoire de l’art moderne. Il est l’honneur de la peinture”. C’est qu’au 19ème siècle, ce genre mineur, envahit tout, devient le lieu principal de l’expérimentation plastique. A la différence de la “grande peinture”, étroitement surveillée en raison de son contenu idéologique, le paysage bénéficie d’une relative impunité et tend à être considéré essentiellement en tant que matière et couleur. Turner en Angleterre, l’école de Barbizon, Corot et Daubigny en France, sont le plus souvent cités comme les “locomotives” de cette évolution. La rétrospective de François-Auguste Ravier, (1814-1895) qui comporte quelques 140 peintures, aquarelles et dessins, permet de redécouvrir un des paysagistes lyonnais les plus connus, dont l’oeuvre offre des particularités remarquables malgré un parcours plutôt traditionnel. En effet, le peintre accomplit le voyage culte en Italie et pendant son séjour romain produit des études des sites de la campagne environnante. Si la composition demeure classique, on constate la disparition totale de la figure humaine et la richesse des variations lumineuses. De retour dans son terroir natal, Ravier développe une liberté artistique croissante et des “recettes” qui vont parfois à l’encontre des règles du métier. Il lui arrive en outre de mélanger huile, gouache, aquarelle et fusain. De même, contrairement aux conventions, c’est à l’huile qu’il exécute ses croquis face à la nature tandis que la version définitive, travaillée dans l’atelier, est souvent faite à l’aquarelle. Cette technique légère qui privilégie les transparences et permet des vibrations chromatiques trouve sa meilleure expression dans la partie de la toile occupée par le ciel, de plus en plus importante. Ce dernier devient le vrai sujet du peintre qui s’écrie : Tout est dans le ciel. Les nuages et l’atmosphère me grisent. Toujours nouveau. Toujours inépuisable. Ainsi, les paysages de Ravier, composés d’un motif isolé et réduit à l’essentiel, sur un fond de nuages transformés par le peintre en une “abstraction météorologique” (Soir sur un étang) proposent une version romantique de la modernité.

François-Auguste Ravier, 15 février-28 avril, Musée des Beaux-Arts de Lyon, 72 10 17 40