Pour tout voyageur désirant se rendre cet été à Prague, un détour par Dijon ne serait pas inutile. Trois cents oeuvres (peintures, sculptures, photographies, maquettes..) lui proposent un aperçu de l’art tchèque du tournant du XXème siècle à l’aube de la seconde guerre mondiale. Plus qu’un simple parcours initiatique, c’est une découverte du réseau complexe qui s’établit entre les “ténors” de l’avant-garde en Europe et la production des artistes pragois. Ces derniers, sensibles à “l’importation” des formes nouvelles (exposition de Rodin en 1902, de Munch en 1905) émigrent facilement vers d’autres capitales artistiques (essentiellement Paris). Ainsi, Mucha y réalise pour Sarah Bernhardt en 1894 des affiches dont les arabesques et les entrelacs restent un exemple célèbre de l’Art nouveau. C’est là encore que Kupka, avec sa synthèse du symbolisme et de l’abstraction, devient l’un des pionniers de la non-figuration. D’autres artistes (Filla, Kubista…) réunis dans le groupe Osma (Huit) évoluent de l’expressionnisme vers le cubisme. Si leurs tableaux semblent parfois trop fidèles au “modèle patenté” de Picasso ou Braque, l’architecture, l’immobilier ou les arts décoratifs gardent toute leur originalité. Toutefois, le mouvement qui marque avant tout la période d’entre-guerres est le poétisme, à un mi-chemin entre l’abstraction et le surréalisme. Toyen, Styrsky ou Capek produisent des collages, des “poèmes-images” où la liberté plastique n’exclut pas des accents ironique, écho lointain de la littérature de ce pays. Inspirée par le surréalisme mais tournée vers la recherche d’une atmosphère contemplative, l’oeuvre de Josef Sima, tchèque devenu citoyen français en 1926, clôt l’exposition. Euro-artistique ? Prague-capitale secrète des avant-gardes, Musée des Beaux-Arts, 21033 Dijon, tel : 03 80 74 52 70.
Prague, capitale secrète des avant-gardes
art tchèque du XXe siècle
Exposition — Prague-capitale secrète des avant-gardes, Musée des Beaux-Arts Dijon