A trois ans près, un siècle sépare la rétrospective du peintre polonais Witold Wojtkiewicz, (1879-1909) organisée par le Musée de Grenoble, de la seule exposition à laquelle il a eu droit en France (Galerie Druet, 1907, catalogue préfacé par Gide). Mais, peut-être, cette discrétion n’est que le reflet social d’une peinture comme en retrait, d’un artiste dont l’oeuvre échappe à une définition précise. Pourtant, malgré une carrière brève, Wojtkiewicz participe à la Jeune Pologne, un groupe artistique essentiel dans la rencontre de l’art de son pays avec la modernité. Pratiquant un symbolisme aux accents romantiques ou expressionnistes, ces créateurs (Wyspinaski, Malchewski, Witkiewicz…) forment des images où paysages nocturnes, épisodes aux inspirations mystiques ou personnages qui cherchent à fusionner avec la nature s’accordent parfaitement avec l’atmosphère fin-de-siècle qui envahit toute l’Europe. L’oeuvre de Wojtkiewicz, peut-être grâce à son expérience de caricaturiste, aborde des thèmes plus proches du quotidien. Cependant, la réalité qu’il traite est souvent celle en décalage ou qui se met en représentation -les fous, le cirque, le manège, le théâtre des poupées, les marionnette, les masques. Tantôt lieu d’un spectacle, tantôt espace réel, ces intérieurs clos et étouffants ne sont fréquentés que par de rares spectateurs ou plutôt par des figurines aux visages sans traits. Sans volume ni poids, ces pantins, êtres humains ou leur alter ego fabriqués, surgissent comme des apparitions, parfaitement absorbés dans un univers ou tout contenu discursif est absent. Chez Wojtkiewicz, la frontière entre le vivant et l’inanimé non seulement se brouille mais prend fin.