Arrêté après Thermidor, David peint le seul paysage qu’on lui connaît : celui du jardin de Luxembourg entrevu à travers une fenêtre de sa prison. Une simple anecdote ? Plutôt une démonstration de la façon dont la vision idyllique de Paris résiste aux pires circonstances. De fait, aucune autre ville ne prend aussi facilement l’allure d’un paysage urbain serein, parsemé de monuments. Déjà les oeuvres les plus anciennes présentées à la Salle Saint-Jean, deux eaux forts de Jacques Caillot (1630), ont pour sujet le Louvre et la Tour de Neslé. La suite sera de même tonneau. Corot peint Notre-Dame et la Seine, Forain le pont Alexandre III, Granet le Pont Royal… C’est toutefois la révolution haussmannienne qui cristallise pour toujours le mythe parisien, consolidé par les travaux impressionnistes. Leurs visions plongeantes mettent en valeur la majestueuse perspective des boulevards et exaltent la flânerie. Les tons sombres sont ici délibérément exclus, la palette éclaircie est comme la célébration d’une architecture qui a horreur du plein et du tortueux. Depuis, fidèles à cette tradition, les artistes semblent vouloir à nous aveugler sur les cicatrices, les considérables résidus de misère d’une ville qui refait sans cesse sa toilette. Il existe tout de même des exceptions. Toits de Paris (1912) de Léger est une vue d’une cité orchestrée par la géométrie, indépendante de toute valeur sentimentale. Ailleurs, les belles gravures de Charles Meyron ou, plus récentes, de Giacometti, montrent une ville plus éloignée d’un cliché touristique. Le plus souvent toutefois, la Seine coule tranquillement sous les ponts car, on le sait,

Sous le ciel de la peinture-Paris, Salle Saint-Jean de l’Hôtel de Ville, 5 rue de Lobau, 75004, Paris, tel : 01 42 76 51 53, jusqu’au 17 décembre.