Réhabiliter l’ornement, tel semble être le mot d’ordre de l’exposition organisée par la remarquable Fondation Beyeler. Certes, il en a besoin, car dans le langage courant l’ornement reste encore ce qui paraît inutile, inauthentique et tend à signifier “le brillant, le provisoire ou la richesse, la surcharge” (Jean-Pierre Cuzin). C’est avec les Arts and Crafts, dirigés par William Morris, que s’introduit un va-et-vient entre les arts décoratifs, lieu de prédilection pour l’ornement, et la peinture. Le même effort sera prolongé par le symbolisme et l’Art nouveau, qui déclare..“il n’y a pas de tableaux, il n’y a que des décorations” (Verkade). Toutefois, selon la conception de cette manifestation, qui va de Klimt à Rothko, de Runge à Pollock, du baroque à Stella, la véritable planche de salut qui permet sauver l’ornement, s’appelle abstraction. Et, de fait, les relations entre le Jugendstil à Munich et la “découverte” de la non-figuration de Kandinsky, restent indiscutables. De même, c’est à l’art islamique que Matisse doit le motif de l’arabesque. La proximité des arts décoratifs avec les nouveaux systèmes picturaux qui s’élaborent expliquent l’exploitation extrêmement riche de la notion de motif. Ce principe d’organisation répétitif, qui met en valeur l’aspect pictural de l’oeuvre au détriment de son aspect iconographique, nourrit encore les oeuvres contemporaines (voir la vidéo impressionnante de Peter Kogler, un “tressage organique” projeté sur un mur). Cependant, emportés par leur thèse et par une définition un peu vague de l’ornement, les organisateurs semblent parfois oublier que l’approche plastique partagée par de nombreux artistes, (Mondrian, Buren…) reste, avant tout, celui de “déconstruction” de la représentation et de l’espace, pour en dégager les composants élémentaires, constitutifs.
Ornement et abstraction
Ornement et abstraction
Exposition — Ornement et abstraction, Fondation Beyeler, Baselstrasse 77, Ch-4125, Riehen/Basel, Suisse, jusqu'au fin septembre