Le sexe féminin n’est pas un sujet commode. Littéralement, car, à l’opposée de ce “bas-relief” qui est le sexe masculin, celui de la femme n’est pas une partie du corps facilement visible, y compris pour elle-même. Toutefois, même si les parties génitales de la femme sont définies par Freud comme cavité ou comme absence de phallus, il est peu probable que cette distinction anatomique est la principale raison de leur effacement du champ de la représentation. En réalité, cette oblitération, qui n’existait pas dans la préhistoire, s’explique par le regard posé sur la sexualité féminine par les artistes, autrement dit par les hommes. De fait, un regard qui parcourt le répertoire du nu féminin jusqu’à une période relativement récente, découvre plutôt des corps lisses, idéalisés, au triangle pubien pudiquement suggéré. L’exception qui confirme la règle : L’Origine du monde du Courbet, cet orifice scandaleux en close-up qui s’exhibe ouvertement. Mais, on le sait, l’oeuvre, destinée à la consommation privée, est restée longtemps à l’écart du publique. Le recueil d’articles présent permet à ses auteurs-femmes d’analyser les diverses phobies culturelles qui font que les rares représentations de cet objet obscur du désir, si déprécié, s’attachent toujours à son côté diabolique et bestial. Incarnant le mal pour l’ensemble des religions, angoissant par le fantasme de son prétendue aspect insatiable, source de dégoût et de répulsion par ses sécrétions et son odeur, le vagin denté attire, certes, mais surtout terrorise le sexe fort. Il faut ainsi attendre le revendications féministes des années 70 pour que des plasticiennes non seulement montrent ostensiblement cette partie “honteuse” de leur corps mais encore qu’elles en fassent une redoutable arme contre l’hypocrisie et la domination masculine. Cachez ce sexe que je ne saurais voir, ouvrage collectif, éd Disvoir, 128 p, 23.5 E.