Arrivé à Paris en 1909, Lipchitz (1891-1973) fait partie de la diaspora juive-russe attirée par l’avant-garde réunie dans la capitale française. Sa rencontre avec Picasso et surtout avec Gris est à l’origine d’une sculpture qui bouscule l’ordonnance traditionnelle du volume dans l’espace et se morcelle en une combinaison de creux et de reliefs au rythme syncopé. L’oeuvre garde un vocabulaire emprunté au répertoire cubiste mais reprenne des structures inspirées des arts primitifs qui lui donnent son aspect totémique et mystérieux, comme impression de cacher encore des formes en devenir. Un certain retour vers la représentation organique du monde fait qu’à partir des années trente Lipchitz produit des scènes d’une expression plus lyrique, des couples d’amants enlacés dans un mouvement baroque, aux formes massives et pleines. Son parcours cubiste le libère de toute obligation imitative et lui permet une oeuvre qui traite avec la même aisance des sujets figuratifs ou de thèmes abstraits.

Jacques Lipchitz, Centre National d’Art Reina Sofia, Madrid, tel : 34 1 467 5062, jusqu’au 2 septembre.