Dans une boîte en bois, tableau-objet ou assemblage, une vingtaine d’appareils de photo, tous provenants de la marque Kodak. Le choix du label n’est pas innocent, universellement connu il est le prototype de la standardisation à outrance, voire d’anonymat de l’objet manufacturé en série. Toutefois, les appareils accumulés ici sont bien différents de ceux -neufs et identiques à s’y méprendre-que l’on trouve derrière une vitrine. Usés, endommagés, ces “cyclopes”, souvent aveuglés par la disparition de leur objectif, récupèrent paradoxalement leur “identité” propre. La position, la taille, la couleur, l’ampleur de la dégradation varient d’un boîtier à autre, en fait presque des objets de collection aux accents nostalgiques. Vanités de l’ère de la reproductibilité ? Le titre ironique, Clic, Clac, Kodak Hourrrah ! vient d’interdire brutalement tout sentiment de spleen ou de mélancolie, toute méditation sur le temps qui s’écoule lentement. Impitoyable, il renvoie à la fonction attribuée à ces machines à images instantanées, rappelle leurs activités impersonnelle et lisses. Arman, prophète involontaire de l’appareil jetable ? Dans ce cimetière de la photographie un seul refrain résonne : Clic clac, la messe est dite, Clic clac, merci Kodak.
Kodak
assemblage d'objets