Fuseli

Il n’y a rien qui ne soit ambivalent chez l’auteur des “Conférences sur la peinture”. A commencer par son nom : né Füssli en Suisse, il devient Fuseli en s’installant en 1779 en Angleterre. Il se lie avec Winckelmann et Lavater, chantres du néo-classicisme, mais aussi avec Wiliam Blake, peintre du fantastique et de l’irréel. Son œuvre enfin, qui respecte dans son dessin les principes classiques de composition, déploie une imagination picturale qui a fasciné les romantiques et les surréalistes (Le Cauchemar, 1781)

L’ouvrage, qui réunit les discours prononcés par l’artiste de 1801 à1823 en sa qualité de professeur de peinture à la Royal Academy, a le mérite de nous montrer que la position de Fuseli est loin d’être marginale. En effet, sa réflexion esthétique traduit des interrogations communes à de nombreux peintres de la fin du 18ème siècle, qui soulignent la tension entre le discours normatif et les nouvelles pratiques artistiques. “Il faut séparer les préceptes de la pratique, et l’artiste du professeur” écrit Fuseli. Le peintre remet implicitement en question l’opposition entre les deux mouvements de cette fin de siècle, le néo-classicisme, qui affirme le primat du dessin, et le romantisme, partisan de la couleur. Certes, le dessin demeure le principe régulateur et la liberté chromatique reste contrôlée, car la clarté de l’imitation est encore l’exigence première. Mais “à la couleur…compagne flamboyante de la forme, auxiliaire des passions…quel est l’oeil, à moins qu’il ne soit affligé de quelque mal ou abandonné par la nature, qui refusera son hommage ?” Cette apologie de la couleur s’inscrit dans la réflexion de Fuseli sur le sublime, notion qui hante ses écrits, et qui ouvre la voie au romantisme. C’est la couleur en effet qui, selon Fuseli, “imprègne les scènes du sublime et de l’expression”.