On peut toujours relativiser. Certes, on fait des rencontres heureuses sur le parcours qui mène de Picasso à Barcelo. Ainsi, outre les grands classiques, les “valeurs sûres” (les Picasso, les Gris, un peu trop nombreux, les Miro..), on peut s’arrêter devant le formidable Tapies, un corps recroquevillé dont la peau-matière est tatouée par des inscriptions profondes (Vision première, 2001). Ailleurs (Somalie, 1992), une puissante crucifixion “africaine” de Barcelo côtoie une sculpture du même artiste, le crâne d’un animal non identifiable prolongé par d’étranges tresses (Sans titre, Semence,1993). Ailleurs encore, la série des collages-assemblages de Manolo Millares est un bel exemple d’un matiérisme riche et expressif. Mais rien n’y fait. La vision d’ensemble, qui se veut un aperçu de l’art ibérique au XXe siècle, n’est guère convaincante. La scénographie de l’exposition semble ignorer les contraintes de son cadre, circulaire et entièrement ouvert, où l’absence de séparation entre les œuvres génère souvent des effets visuels discordants et confus. D’autre part, le choix de se concentrer uniquement sur les artistes phares peut apparaître comme contestable et régi par une histoire uniquement au service de l’avant-garde. Cette perspective ne reflète pas la complexité de l’art espagnol, les dialogues qui s’y instaurent entre les diverses formes de modernisme et la tradition. Rien non plus n’évoque l’isolement imposé par la longue période franquiste et ses ambiguïtés. Le constat est d’autant plus étonnant que le catalogue traite de cette problématique. Ouverte il y a juste vingt-cinq ans, la Fondation Gianadda s’est forgée une notoriété internationale justifiée. La récente manifestation, elle, ne fera pas date.