Profusion-”Le chaos est l’aliment dont est gourmand l’estomac de la pensée”. Polymorphe et boulimique, Dubuffet est à l’origine d’une oeuvre d’abondance exceptionnelle (plus de 10,000 travaux répertoriés, de milieux de pages écrites). Croit-il de cette façon de s’approcher de la production artisanale, de contourner la possibilité de chef d’oeuvre ? Quoi qu’il en soit, la prolifération, le trop plein, se trouve également au sein même d’une création multiforme et va de l’espace urbain rempli de figurines aux traces multiples qui croisent les surfaces de ses Mires ou ses Non Lieux. C’est ainsi que les Texturologies, ces allover organiques, semblent comme d’accumulations de poussière et de terre “pour obtenir des nappes…donnant une impression de matière fourmillante, vivante et scintillante…mais évoquante aussi toutes espèces de textures indéterminées, voire des galaxies ou des nébuleuses”. Les structures mouvantes et imprévisibles, la fluidité de la matière, forment des amalgames évasives qui débordent les limites de la toile. Ailleurs, avec l’Hourloupe, Dubuffet construit la surface comme un réseau des lignes rouges et bleus. Le réseau, en effet, dépasse la notion du signe isolé, indépendant, remet en question l’articulation logique et lisible entre les composants de l’oeuvre, garantit l’unité même de la matière. La composition à partir des “noeuds” irréguliers, inachevés, entrelacés, qui se chevauchent et s’entrecroisent, aboutit à un “tissu des incertitudes” où les connexions, les liaisons, se perdent et reparaissent sans cesse et où l’autorité du regard cède la place au tâtonnement de l’oeil. Ailleurs encore, Théâtres de Mémoire, sont des collages à partir des dizaines de pièces assemblés, qui juxtaposent des espaces multicolores et incohérents, des scènes contradictoires et simultanées, donnant l’image d’une ville où toute logique d’ensemble a disparu. Comme l’écrit Dubuffet : la vision y est plurifocale.