Situation paradoxale. Protégé de Dubuffet, Chaissac (1910-1964), devient rapidement l’une des vedettes incontestées de l’art brut, tout en refusant cette étiquette. De fait, il est difficile de comparer son oeuvre, certes spontanée, mais en même temps sophistiquée, à celles “crées dans la douleur, la solitude et le dénuement, la plupart du temps au sein de lieux réservés aux marginaux” (Françoise Monnin). Ni isolé, ni autodidacte, Chaissac découvre la peinture en 1927 par l’intermédiaire d’Otto Frundlich, un des pionniers de la peinture abstraite. Plus tard, il suit des enseignements chez Albert Gleizes et correspond avec André Lhote et Jean Paulhan. Conscient des effets plastiques qu’il cherche à obtenir, l’artiste écrit “je donne à mes peintures naïves, des dessins d’enfants, toujours plus de simplicité…quant à mes dessins abstraits, je le pousse à un très haut degré de raffinement”. Ainsi, ses personnages partagent une caractérisation expressive qui s’épurera après l’expérience des compositions non-figuratives en un signe simplifié de masque. Son travail s’enrichit quand il rencontre dans les humbles débris domestiques, épluchures, chutes de planches, fragments de souches, comme dans d’autres matériaux inattendus (tôle, papier d’emballage, pans de chemise) des stimulants à son inspiration. Collage ou bricolage, ses oeuvres témoignent de l’aisance d’adaptation de Chaissac aux contraintes les plus variées, de sa capacité de ressusciter les objets éliminés et laissés pour compte et les transformer en une oeuvre d’art. Il faut donc écarter les images d’Épinal souvent employées au sujet de Chaissac et qui vont du petit cordonnier sympathique au “Picasso du bocage”. Ce “dandy populaire” est avant tout un inventeur esthétique polymorphe Itzhak Goldberg