Ne laissez pas traîner seul votre enfant quand vous savez Franck Bragigand dans les barrages. Vous risquez le retrouver teint en jaune, rouge, vert, bleu… De fait, depuis que l’artiste a décidé d’habiller le monde en couleurs, il ne recule devant rien. Objets récupérés (lampes, frigos) objets fabriqués (plantes en plastiques), paysage urbain (76 façades des maisons dans un quartier d’Amsterdam entre 1999 et 2002)… Les surfaces sont recouvertes des coloris vifs, posés en aplats, affichant une neutralité qui évoque l’exécution industrielle. L’homme devient à lui-même une IKA, une boutique de décoration, un magasin de gadgets, bref, une entreprise chromatique universelle. Nommée KRUT, cette entreprise édite un catalogue de vente par correspondance, au titre provocateur Multiples-Uniques. On l’aura compris, l’oeuvre plastique de Franck Bragigand se frotte constamment aux nombreuses questions au cœur de l’art du XXe siècle. Il suffit d’évoquer l’art dans la rue, les ready-made, la remise en cause de la notion du chef d’oeuvre et le statut du créateur ou encore les rapports entre l’économie et la promotion de la production artistique. Cependant, cette énumération édifiante comporte inévitablement le risque de passer une couche des concepts sur une couche de peinture, de noyer le poisson dans l’eau. En vérité, si l’oeuvre reste séduisante, ce qu’elle ne se prend pas trop au sérieux. Jouissive et ludique, elle tranche sur l’ambiance morose du paysage contemporain, toute en réfléchissant sur le rôle de l’art dans la cité. A sa façon, dans un univers où le manque de gravité est souvent assimilé à l’insuffisance artistique, Franck Bragigand réinvente l’esthétique de la légèreté.
Pièce(s) Théâtralisées(s), Franck Bragigand, Institut Néerlandais, 121 rue de Lille, 75007, Paris, tel : 01 53 59 12 40, jusqu’à 25 mai.