Il y a quelques mois, les sculptures de Carmen Perrin étaient exposées au Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle de Calais. L’alliance, pourtant paradoxale, entre la sculpture et la dentelle, définit parfaitement le caractère de l’oeuvre de cette artiste bolivienne qui vit et travaille à Genève. De fait, les travaux de Carmen, à la recherche de transparence, fuient les blocs monolithiques et les masses compactes. Construites à partir des unités répétées, ces rondes bosses sont tramées avec une patience infinie et permettent de jouer avec de différentes face du même matériau. Ainsi, les “coques”, des volumes irréguliers, lisses et arrondis, dépourvus de tout détail anecdotiques, sont toutefois “décorés” par des trouées. Cette entrée en matière fait découvrir au spectateur que sous une apparence métallique, obtenue par un cirage industriel noir, se cachent des briques en terre cuite teintée que l’artiste découpe et assemble. Ailleurs, des parallélépipèdes faits à partir du fil électrique brûlé, sont des corps légers sans noyau central, des diagrammes spatiaux fragiles. Sculptures tricotées, elles ne cachent pas leurs ficelles. Ailleurs encore, avec des bouchons de caoutchouc perforés et recollés, Carmen fabrique des panneaux d’une taille importante. A mi-chemin entre “tableaux tactiles” et bas-reliefs, ces oeuvres, d’un graphisme animé, gardent un souvenir lointain de l’Op Art. Le spectateur immobile se condamne à ne rien voir de mes pièces-déclare l’artiste dont le discours théorique, chose exceptionnelle, reste claire et précis. Il faut être ouvrier dans son art, cette phrase de Cézanne, Carmen Perrin, aurait pu la reprendre à son compte.
Itzhak Goldberg.