Les historiens de l’art le savent. En dépit de leur apparence innocente, les fleurs sont le sujet de tous les dangers. Aux formes variées, aux couleurs chatoyantes, elles ont une fâcheuse tendance à verser dans le kitsch. Si Véronique Bigo déjoue ce piège, c’est que les fleurs qu’elle peint depuis plusieurs années semblent échapper à leur condition d’origine. Traitées à l’acrylique dans une palette de gris sur des fonds quasi-monochromes, tracées avec précision tout en refusant les détails et les effets de matière, ces plantes de taille monumentale qui occupent l’essentiel de la surface de la toile, sont comme des masses minéralisées, pétrifiées. En réalité, le parc floral de l’artiste est avant tout un jardin d’étranges sculptures aux accents anthropomorphiques et dont les courbes, les plis et les replis dégagent une sensualité inquiétante. Rien d’étonnant quand on connaît le trajet de Véronique Bigo. A ses débuts le peintre plonge dans l’univers de l’antiquité, attirée par les oeuvres faites en pierre qu’elle emprunte et réactualise. Munie de ce bagage archéologique, elle part à la conquête de l’environnement quotidien dans sa version “artistique”. Pratiquant le “vol” des objets fonctionnels, épurés, anoblis par les designers, l’artiste les transforme en lieux de mémoire qui résistent à la consommation. Ainsi, sa rencontre avec l’univers végétal n’a rien d’une utopie écologique. Incrustées dans ses tableaux, les citations colorées et répétitives d’un Man Ray ou d’un Mapplethorpe sont une façon de perturber un regard innocent sur la nature. Avec ses fleurs, isolées et hors contexte, l’artiste invente un mi-chemin entre un jardin “culturé” et une botanique sexuelle.
Véronique Bigo : des fleurs hors de leur condition
fleurs et sculpture anthropomorphique
Exposition — Véronique Bigo, Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain de Nice, jusqu'au