Berlin-Moscou. Pour un spectateur français, ce titre de l’exposition gigantesque, qui se tient à Berlin, semble incomplet. Et Paris ?
C’est justement l’une des leçons, et non la moindre, de cette manifestation. La place mythique accordée à la capitale française au début du siècle, son importance en tant que centre de l’avant-garde européenne, fait souvent oublier l’importance de l’axe artistique qui s’établit entre l’Allemagne et la Russie. Expressionnistes et Dadaïstes, Suprématistes et Constructivistes, les oeuvres d’artistes et d’écrivains qui ont fait souvent des aller-retours entre les deux pays (Kandinsky, Lissitzky, Rilke) sont au centre de ce projet gigantesque (deux mille pièces, dont de très nombreux plans architecturaux et documents sur des domaines aussi variés que ceux du théâtre, de la musique, du cinéma ou de la photographie).
Toutefois, c’est la période choisie (1900-1950) qui donne à cette exposition son aspect inédit. En effet, la prise en compte de la totalité de la première moitié du siècle permet de faire cohabiter les apôtres de la modernité, déjà souvent exposés, avec les tendances artistiques inspirées par le “retour à l’ordre” dans les deux pays. Les nombreuses similitudes entre la production allemande et russe à partir des années trente (l’aspect monumental et écrasant de l’architecture, l’importance du culte de la personnalité avec les innombrables portraits d’Hitler et de Staline) sont la preuve accablante du pouvoir de toute idéologie totalitaire à imposer des oeuvres stéréotypées et d’une qualité médiocre (donc terriblement efficaces ?) Les “führers” le savent bien : l’art est une affaire trop sérieuse pour laisser libre cours à l’imagination des artistes.