Les quelques 200 gravures de Beckmann exposées actuellement au musée des Sables d’Olonne permettent d’approfondir la connaissance d’un artiste allemand encore peu connu en France. Beckmann (1884-1950) connaît un succès rapide dans son pays, avec de grandes composition religieuses et mythologiques qui lui valent le surnom de “Delacroix allemand”. Engagé volontaire, en 1914, il est traumatisé par l’expérience des tranchées et démobilisé à la suite d’une grave dépression. Beckmann cherche dès lors à exprimer l’atmosphère d’angoisse et de désespoir de l’Allemagne d’après-guerre. Dans ses gravures, les corps rigides et décharnés peuplent un monde en noir et blanc, privé de tout repère (La nuit, 1919) L’œuvre de Beckmann est difficilement classable. “Je cherche une objectivité transcendante” affirme-t-il. Cependant, Beckmann emprunte surtout de nombreux traits thématiques et stylistiques à l’expressionnisme. Ses gravures, d’une écriture anguleuse, sont d’une force expressive directe et brutale. L’aspect sculptural, archaïque, de ces visions, est une réminiscence du réalisme symbolique de l’art gothique, que le peintre réactualise en l’appliquant à une thématique du XXème siècle. L’ existence mouvementée de Beckmann s’achève aux États-Unis, ultime refuge face à la montée du nazisme. A la différence de ses peintures, l’œuvre gravé de Beckmann est beaucoup plus homogène et joue le rôle d’un trait d’union stylistique entre les diverses périodes de la production.
Max Beckmann-Gravures, 12 mars-5 juin, Musée de L’abbaye Sainte Croix, Les Sables d’Olonne, tel : 16 51 32 01 16