“Si nous réfléchissons un instant à l’image des doigts de Dieu et d’Adam se rejoignant dans la fresque de Michel-Ange…nous devons admettre que nous nous trouvons là devant l’icône emblématique de l’assemblage, pris dans son acceptation la plus large”. Cette “définition” est à l’image de l’ouvrage d’Adalgisa Lugli : une volonté louable d’élargir le champ d’investigation concernant l’assemblage au risque d’en faire tout simplement une métaphore de la création esthétique. Certes, cette spécialiste de la Renaissance a raison de remonter le temps et d’établir des liens entre les bizarreries maniéristes et les rapprochement inattendues effectuées par les surréalistes. De même, l’hypothèse que, par le besoin de tout conserver et thésauriser, par le “désir accumulatif”, le cabinet des curiosités, la collection particulière et le musée, sont les ancêtres de l’assemblage et de l’installation, paraît justifiée. Toutefois, dans le parcours proposé par l’auteur, outre l’importance excessive accordée aux artistes italiens et à l’héritage de De Chirico (au point de trouver une parenté entre lui et la femme sculpteur américaine, Louise Nevelson) certaines étapes sont sous-estimées. Ainsi les papiers collés et les collages sont expédiés rapidement et la réflexion sur le “recyclage” par différents artistes des déchets de la société se limite essentiellement à Schwitters et à Manzoni. Mais, avant-tout, Adalgisa Lugli semble oublier qu’au 20 siècle, l’assemblage, cette archéologie du présent, composée de fragments hétéroclites, est à l’image, sans en être l’image, d’une réalité en désagrégation. De fait, quand les liens avec le réel sont discrédités, quand les certitudes s’effacent, l’assemblage tente à réunifier les morceaux d’une réalité en lambeaux, de redonner une forme de cohérence à un monde menacé par la décomposition.
, Adalgisa Lugli, Assemblages,