Il en est des arbres généalogiques comme de toute théorie qui tente d’introduire une logique stricte dans le labyrinthe confus et imprévisible des êtres humaines. Dans ces représentations, les branches sur lesquelles trônent, impassibles, les effigies des ancêtres, aboutissent à un tronc commun, emblème de cette filiation impeccable. Les êtres de Luis Zuazua ne croient pas vraiment à ces âneries. On le sait, les ânes, à l’opposé de chevaux ou des chiens, n’ont pas de pedigree. Les schémas qu’ils forment n’ont rien d’une clarté définitive et ne partagent pas la merveilleuse illusion d’une grande famille réunie. Les touches de couleurs, noires et blanches, viennent baver les unes sur les autres, forment des zones d’incertitude grise. Les ramifications se perdent ou s’entremêlent dans un brouillard où, des lettres et des signes inventés par l’artiste rendent la lecture plus complexe, moins linéaire. Mais, avant tout, les têtes, ou les fragments de têtes, le plus souvent de profil, ne sont pas incrustés dans ce diagramme. L’artiste, de fait, alterne entre la peinture sur toile et des dessins sur des morceaux irréguliers de papier, épinglés au tableau. Il suffirait ainsi d’un souffle pour que toute cette construction, faussement savante, se voit modifiée. Têtus comme des ânes, ces bêtes refusent l’inscription sociale déterminée. Il faut espérer seulement que, une fois entrés dans ce lieu respectable, où le savoir se reproduit d’une génération à l’autre, ils garderont leurs bonnets d’âne. Les cancres, eux, pour sûr, apprécieront.