La Jeune création a eu un passé glorieux. Son ancêtre, crée en 1950, le Salon de la Jeune peinture, devient le lieu ou l’art et la politique font bon ménage. L’action la plus spectaculaire a lieu en 68, avec la Salle Rouge où, dans un geste de solidarité avec le peuple vietnamien, toutes les oeuvres exprimaient une critique envers cette guerre coloniale. Ce sont aussi les participants du Salon qui exercent des activités collectives importantes dans les ateliers de Beaux-Arts pendant les “événements” de mai. Groupes d’artistes ou créateurs isolés, le salon a vu passer Aillaud et Bioulès, Cueco et Erro, Pincemin et Sarkis, Buren et Dietman…Parmi les “vedettes” les plus récentes on peut trouver Fabrice Hybert ou Carole Benzaken. Cependant, l’essentiel n’est pas cette liste de who’s who ni le récit des “mémoires historiques”, qui étaient déjà analysées avec beaucoup de finesse par Francis Parent et Raymond Perrot. Comme le déclare le catalogue de cette année : le propos de la Jeune création n’est pas de ressasser son passé mais bien d’avoir les yeux tournés vers l’avenir. Association d’artistes, le Salon, qui bénéficie d’une subvention de l’État importante mais insuffisante, est géré bénévolement par les participants eux-mêmes. Une tâche bien lourde, car, les 150 exposants, tous au dessous de 45 ans, (toute jeunesse est relative) sont choisis parmi plus de 2000 dossiers français et étrangers. La sélection définitive, par un jury composée de 17 artistes, donne lieu, comme il se doit, à des discussions animées. De fait, comme son nom l’indique, il ne s’agit plus de la Jeune peinture mais de toute forme de création, qui va des installations aux vidéos, de la peinture à la sculpture, de la performance à la photographie (particulièrement bien représentée cette année). Délivrée du poids du chiffre d’affaires, indispensable pour les galeries qui organisent les foires, la Jeune création affirme tenir compte uniquement de “la qualité des oeuvres et de leur inscription originale dans la recherche artistique d’aujourd’hui”. Critères vagues, certes, mais peut on dire mieux face à la production plastique contemporaine, d’un éclectisme sans limites ? Ainsi, Maria-Isabel Rueda, une artiste colombienne, installe dans un petit jardin des trèfles à quatre feuilles en papier, dont les tiges sont des cures dents, dans une sorte de land-art artificiel de proximité (La casa de Rosita : Zona de distension, 2000). Ailleurs, ce sont des autoportraits inquiétants et fiévreux d’Emmanuelle Perat. Nus, aux cuisses écartées, ils s’ouvrent sur le sexe, le plus souvent au centre du tableau, dans une version personnelle de l’Origine du monde. (Autoportrait, 1999). Ailleurs encore, la photographie format carte orange de Frédéric Pompeani (Exploit, 2000), s’accompagne d’un texte qui déclare fièrement : Je me suis fait embaucher à la R. A. T. P comme conducteur de métro alors que je leur devais 8000 francs d’amende. On l’aura compris, l’ensemble, situé cette fois-ci à la Grande Halle de la Vilette, est loin d’être homogène. Vous aimerez ce que vous aimerez, vous détesterez ce que vous détesterez. Une chose est certaine, il est difficile de rester indifférent face à cette création qui débarque souvent directement d’atelier, presque in vitro. Jeune création, Grande Halle de la Vilette, 211, Av Jean-Jaurès, 75019, tel : 06 20 12 93 42 du 13 au 22 avril. Itzhak Goldberg