“Quelle vanité que la peinture, qui attire l’admiration par la ressemblance des choses dont on n’admire point les originaux” Depuis toujours, Claude Marchat écrit des lettres d’amour. Mais, ces déclaration n’ont pas comme destinateur une quelconque créature de rêve, telle qu’on devine parfois au fond ses toiles. C’est que cette étrange passion s’adresse tout simplement aux modestes composants de travaux qu’il fabrique, une infinie diversité des papiers. Papivore ou recycleur, l’homme les collectionne sans aucune distinction de marque ou d’usage et déclare : j’en suis toujours en quête, des plus frustres aux plus délicats, quelquefois déjà utilisés, vieux bouquins, notes sauvages, vieilles factures qui s’empilent dans des cartons. Ainsi, employer le terme collage pour la production plastique de Claude Marchat relève du pléonasme. L’artiste, en effet, se sert uniquement de cette technique, inaugurée par les cubistes, et qui introduit des matériaux non-artistiques dans l’espace de la toile. Les papiers collés, les collages sont les premiers signes qui annoncent un changement du rapport entre la réalité et la représentation. Mais le temps ont changé. Geste iconoclaste de début du siècle, l’intrusion du réel est devenue pratiquement la norme. Les oeuvres de Marchat ne cherchent ni les effets de relief, ni les dissonances entre différentes matières. Ses collages sont, peut on dire, à rebours. L’effet d’hétérogénéité dû au rapprochement inattendu doit toujours être résorbé, et toutes les matières se fondre dans une unique matière picturale. A l’instar de Max Ernst, qui parle du “composé alchimique de deux ou plusieurs éléments vers une confusion systématique”, c’est d’un procédé fusionnel, où l’artiste joue le rôle d’un magicien-alchimiste, qu’il s’agit. En autres termes, ici les papiers collés sont avant tout une autre façon de faire la peinture, d’organiser des formes, des couleurs et des matières que rien ne destinait à coexister dans un espace donné. Réseau multicolore, posé sur un fond plus stable, tension que dégage le contraste entre les couleurs vives et les zones plus neutres, jeu entre des configurations géométriques irrégulières et des signes provenant d’une calligraphie secrète, personnelle… Plus que tactiles, ces collages sont d’ordre visuel, imagé.
Marchat Collage 2012
Collage et matériaux chez Claude Marchat