Le nom d’un mouvement artistique fait souvent oublier que sous cette étiquette commode cohabitent, avec plus ou moins de succès, des artistes qui malgré une adhésion à une esthétique commune gardent chacun leur originalité plastique. L’exposition du peintre futuriste Severini est exemplaire en ce sens car il est difficile d’imaginer un créateur d’un éclectisme aussi impressionnant. Le suivi complet de son parcours artistique permet cependant de comprendre la logique de celui qui fait le lien entre l’avant-garde parisienne et ses confrères en Italie qui se lancent dans une aventure spectaculaire. On sait, en effet, que le futurisme, annonce et prépare non seulement une nouvelle vision esthétique mais aussi un renversement radical de la culture et des habitudes sociales. La virulence et le goût de la provocation qui caractérisent ces artistes s’explique par l’emprise particulièrement forte de l’académisme sur la culture de ce pays. Le destin de Severini n’est en rien dû au hasard. Très tôt il rencontre à Rome Boccioni avec qui il se forme à la technique divisionniste dans l’atelier de Balla. Fasciné par Seurat, il s’installe à Paris dès 1906 et pratique un néo impressionnisme centré déjà sur des phénomènes lumineux et sur la poésie de la ville (Printemps à Montmartre, 1909) C’est sur la base de la décomposition chromatique et de l’attirance vers l’espace urbain qu’il se rallie au futurisme et signe le Manifeste de la Peinture avec Boccioni, Carra, Russolo et Balla en 1910. Ses compositions aux formes qui éclatent et s’éparpillent offrent un dynamisme exceptionnel (Le boulevard, 1911) et s’enrichissent par l’introduction de mots mais aussi de composants plus inhabituels (des paillettes scintillantes pour la splendide Danseuse Bleue (1912). Ses recherches du mouvement prennent des allures de plus en plus abstraites, surtout quand le thème devient l’étude de la lumière et de son expansion sphérique. La suite est moins glorieuse. Severini, comme d’autres créateurs (Gris, André Lhote) se convertit à un cubisme bien ordonné et régi par des calculs mathématiques, (théorisé dans « Du Cubisme au Classicisme », publié en 1921). Néo Classicisme, cette appellation élégante du retour à l’ordre est incarnée ici par Maternité (1920) une version attendrissante d’une Madone à l’enfant. Avec cette œuvre figurative, qui sent bon la patrie et la famille, l’ancien futuriste est définitivement rattrapé par le passé.
Severini 2 2011
Futurisme et trajectoire du peintre Severini
Exposition — Gino Severini, Futuriste et Néoclassique, Musée de l’Orangerie, jusqu’à 25 juillet