Les rétrospectives offrent souvent des surprises. La présentation du parcours complet d’un artiste permet de dégager la spécificité de son approche picturale mais laisse aussi d’entrevoir des aspects moins convaincants de l’oeuvre. L’exposition de Gris (1887-1927) qui se tient à Marseille, exemplaire par son accrochage, n’échappe pas à cette règle. D’une part, les tableaux qui se situent entre les années 1911 et 1918 démontrent magnifiquement que, même si Gris ne fait pas partie des “inventeurs” du cubisme, il est tout sauf un simple suiveur du fameux tandem formé par Braque et Picasso. Certes, comme ces derniers, il entreprend les renversement des plans et les variations des angles de vue et explore le domaine du collage (papier journal, morceaux de miroir). Mais, les diagonales qui traversent les compositions de Gris et qui brisent de façon arbitraire les contours des objets, l’attention particulière qu’il accorde aux volumes, (Violon et verre, 1913,) ou son choix étonnant de l’unité de source lumineuse font partie d’un vocabulaire plastique propre au peintre. En outre, il se distingue de la gamme chromatique cubiste en privilégiant les bleus, les verts et le violet acidé. Cependant, en vue des travaux réalisés pendant les dernières années de Gris on peut se demander si le peintre ne s’enferme pas dans une impasse. Le principe de la décomposition en plans colorés géométriques devient systématique et perd une bonne partie de sa vitalité. Ses natures morte et surtout ses personnages, des figures figés et monumentales, semblent parfois comme pétrifiées. Les organisateurs décrivent cet aboutissement comme “perfection classique”. Un synonyme élégant du retour à l’ordre ?

Itzhak Goldberg