Le mérite principal de l’exposition est de démontrer que, même si Gris ne fait pas partie des “inventeurs” du cubisme, il est tout sauf un simple suiveur du fameux tandem formé par Braque et Picasso. Comme ces derniers, il entreprend les renversements des plans et les variations des angles de vue et explore le domaine du collage (papier journal, morceaux de miroir). Mais, les diagonales qui traversent les compositions de Gris et qui brisent de façon arbitraire les contours des objets, l’attention particulière qu’il accorde aux volumes ou son choix étonnant de l’unité de source lumineuse constituent un vocabulaire plastique propre au peintre. En outre, il se distingue de la gamme chromatique cubiste en privilégiant les bleus, les verts et le violet acide. La présence des volumes et la réintroduction de la couleur font que, malgré la violence contenue dans le processus de la déconstruction, les œuvres de Gris continuent à afficher des détails qui permettent clairement de reconnaître leur référence. Ce principe métonymique s’exprime de deux manières différentes. Tantôt, le même élément est décalé et répété, comme s’il glissait sur la surface de la toile. Tantôt, l’objet désarticulé est traversé par des bandes verticales ou des rayons diagonaux, donnant lieu à une alternance entre des fragments peints avec précision et des zones abstraites. A la différence des pulsations dynamiques, de la sensation de rythme recherchée par les autres cubistes, c’est la plus forte tension que Gris tente d’atteindre avec ses toiles.
Juan Gris, Rimes de la forme et de la couleur, e Musée Paul Valéry. 148, Rue François Desnoyer 34200 SETE, tél 04 99 04 76 16, www.museepaulvalery-sete.fr, 24 juin-31 octobre. an Gris, rimes de