C’est Aragon qui prétendait que tout le contenu d’un roman se trouve déjà dans la phrase qui l’ouvre. Et si, pour Jacques Dupin l’essentiel était déjà dans le titre ? Comment dire ?, l’intitulé de son premier texte (1949), préfigure la fascination d’un poète “visuel” pour l’énigme de l’art moderne, qui déroute, désoriente ou provoque. C’est chez Christian Zervos, qui l’engage aux “Cahiers d’Art”, que Dupin commence à fréquenter des artistes tels que Picasso, Masson ou Miro, à qui il consacrera une monographie importante. Dès 1955 il prend la responsabilité des éditions de la galerie Maeght et publie des livres d’artiste, des estampes, des catalogues et la revue “Derrière le miroir”.

Dans ses nombreux écrits, face au vertige des images, Dupin ne propose pas une “transposition d’art” mais cherche un lieu commun entre l’écriture poétique et la peinture. Sans cesse, il “tisse” le visible et le dicible, il fait du texte non seulement un événement de sens mais aussi un événement sensible où sont mis en valeur le caractère plastique et la matérialité d’un tableau ou d’une sculpture. Dans ses collaborations avec les peintres ou les graveurs, dans ses longs compagnonnages avec les artistes (Giacometti, Bacon, Tapies) Dupin reste toujours en retrait, car, écrit-il modestement: la vérité de l’oeuvre rend nécessaire l’effacement du poète. Le Musée de Gravelines en a décidé autrement. Une rétrospective, qui coïncide avec la publication du dernier livre de Jacques Dupin, Le Grésil, rend hommage à celui qui a su glisser la parole poétique dans l’univers muet de la forme. On l’aura compris, “L’Image prise au mot”, n’est pas seulement le titre de l’exposition.

“Jacques Dupin, L’Image prise au mot”, Musée du Dessin et de l’Estampe Originale de Gravelines, 5 mai-1 septembre, tel : 28 23 15 89.

Goldberg Itzhak