Loin du réalisme académique et de la description servile, les scènes intimistes d’Eugène Carrière, aux couleurs assourdies, parfois éclairées par une tache d’une blanche nacrée, semblent préserver un secret. Dans ces toiles, à la lumière tamisée et aux figures oniriques, l’ensemble reste évanescent, insaisissable. L’univers est figé, toute activité est comme suspendue. L’atmosphère reste grisâtre, les couleurs en demi-ton permettent à peine de distinguer les composants simplifiés. Proche du Symbolisme, cette peinture cherche des équivalents plastiques des émotions ou des idées sans exclure nécessairement la figure. L’artiste, en effet, n’est nullement en quête d’une pureté absolue, de paradis décoratif et abstraits. L’univers qu’il évoque et qu’il traduit dans un camaïeu de bruns, est celui de la famille et de l’enfance, ou le personnage de la mère revient comme le motif principal. Toutefois, ces toiles transfigurent un monde familier et banal en un théâtre de figures mystérieuses où le spectateur est progressivement saisi d’un sentiment d’irréalité. C’est le critique Aurier, qui écrit : “c’est encore le réel et c’est déjà le rêve”. Peinture en retraite ?