Annie Lacour le sait sans doute. L’arbre n’est pas un sujet anodin. Anthropomorphique, il est souvent le support de métaphores en rapport avec l’être humain. De fait, l’arbre est un composant de la nature qui permet de créer des mythes et qui trouve souvent sa place aussi bien dans la littérature que dans la religion. « Par sa simple présence et par sa propre évolution, l’arbre répète ce qui, pour l’expérience archaïque est le cosmos entier…si l’arbre est chargé de forces sacrées, c’est qu’il est vertical (il relie le monde chthonien au monde ouranien) qu’il pousse, qu’il perd ses feuilles et les récupère, que par conséquent il se régénère d’innombrables fois. » écrit Mircea Eliade1. On trouve dans cette description les qualités principales qui caractérisent l’arbre : son ancrage dans le sol et sa capacité de résistance aux éléments de la nature, sa verticalité qui l’approche de l’être humain, son évolution ininterrompue qui remonte aux origines du temps, sa capacité à se régénérer. Dans le domaine esthétique l’arbre est souvent assimilé à l’artiste et à son activité créatrice, qui remonte des racines aux branches avec comme exemple magistral la fameuse conférence prononcé par Klee. Mais avant tout, c’est le schéma évolutionniste de l’histoire de l’art qui est souvent rapproché de l’arbre généalogique avec l’idée obsédante de la filiation. Inévitablement, toutes ces associations traversent l’esprit face aux œuvres récentes d’Annie Lacour et de l’intitulé de son exposition. Mais c’est oublier que Figures d’Arbre n’est pas un titre innocent. Même si l’arbre reste la source de l’inspiration, les sculptures n’ont rien de descriptif. Certes, elles gardent la mémoire de leur objet, traduit en un jeu rythmique de formes. Mais, à l’instar de la fameuse série Mondrian (1908-1912) ce sont des variations sur la structure morphologique de l’arbre que l’artiste met en scène. Variations, car les travaux d’Annie ne s’inscrivent pas dans la logique progressive de la série mais cherchent à décliner les différentes combinaisons entre le tronc et les branches. Parfois élancés, parfois plus « ramassés », ces figures libres, ces volumes faits à partir de lamelles de fer soudés qui se croisent et recroisent forment des « nœuds » difficilement pénétrables. Nature secrète, fut le titre de l’exposition d’Annie, il y a quelques années. On pouvait y voir déjà une prise de distance avec la géométrie irrégulière qui caractérisait ses « architectures » fantaisistes. Les travaux récents, ces Figures d’arbre, se rapprochent-ils davantage de l’organique ? On pourrait le croire. Pourtant, les courbes qui font leur apparition sont comme contaminées par la dureté du métal quand les fragments de fer aux formes acérées, les contours incisifs et anguleux, interdisent toute possibilité de contact. Parmi les œuvres, quelques unes, de taille plus réduite, « renforcées » par le fil de fer manipulé par l’artiste sont nommées Figures obscures. Appellation qui suggère que la nature chez Annie Lacour n’a rien perdu de son aspect inquiétant, qu’elle cache autant qu’elle révèle. Ou, peut-être, pour reprendre l’expression d’une autre femme sculpteur fascinée par des métamorphoses, Germaine Richier : « Je suis plus sensible à un arbre calciné qu’à un pommier en fleurs ». Forêt pétrifiée ?
Annie arbre
Sculpture abstraite et nature
Exposition — Figures d'Arbre, lieu non spécifié