Mieux que toute autre forme artistique, les affiches expriment l’esprit de la Sécession à Vienne. Fondé en 1897 par Klimt, ce groupe rejeta l’art traditionnel et propagea l’Art nouveau en Autriche. Chez eux, l’importance accordée à l’aspect décoratif, au maniement souple des lignes et des couleurs pures est à l’opposé du réalisme académique et de la description servile. De même, leur intérêt pour les arts appliqués à la vie quotidienne se retrouve dans la volonté d’ouvrir le champ de la peinture de chevalet, de transgresser la frontière entre l’ornementation et les arts réputés “majeurs”. “Le travail du peintre commence où l’architecte considère le sien terminé…il n’y a pas de tableaux, il n’y a que des décorations”, cette phrase du peintre symboliste Verkade résume parfaitement l’aspiration d’une nouvelle génération dont le projet était “l’éducation du regard des masses”. Les affiches, conçues essentiellement pour les nombreuses expositions du groupe, deviennent ainsi les manifestes vivants de l’esthétique de la Sécession. Ici, comme dans les grands cycles de peinture murale, les formes, simplifiées à l’extrême, sont cernées d’un trait épais qui délimite des plages de couleurs sans modelé ni valeur. La description et la perspective illusionniste sont abandonnées au profit d’un espace sans profondeur et où l’agencement et le caractère des figures est en rapport avec leur fonction symbolique. Parfois géométriques (voir l’architecture monumentale, faite par Koloman Moser en 1902), parfois composées des lignes sinueuses et libres, aux confins de l’abstraction (Alfred Roller, 1903), ces oeuvres, au graphisme soigné et imaginatif, racontent l’histoire de la modernité viennoise.