Le conseil général du Var a parfaitement raison. Il faut fermer l’Hôtel des Arts de Toulon. Pourquoi, en effet, gaspiller ce splendide lieu pour des frivolités culturelles comme les expositions d’art contemporain ? La fermeture est d’autant plus nécessaire que la dernière manifestation organisée par Sophie Biass-Fabiani est bouleversante. Le travail de Jean-Paul Marcheschi est une fresque inachevable, composée de feuilles sur lesquelles l’artiste écrit et dépose suie et cire à l’aide de torches en bougies, comme des pinceaux enflammés qui se consument et s’intègrent dans l’oeuvre. Les murs sont ainsi couverts d’un réseau de “zébrures sismographiques” plus ou moins denses, où les connexions, les liaisons, se perdent et reparaissent sans cesse et où l’autorité du regard cède la place au tâtonnement de l’oeil. Mais, avant tout, l’artiste invite le spectateur “à la découverte de l’ombre” (Monique Sicard). Chez lui, la matière “picturale”, le support, forment une infinité de contrastes entre noir et lumière et plongent le spectateur dans une obscurité illuminée par des corps allongés qui semblent en lévitation. Ces figures arrachées à la figuration sont des lignes focales, des vecteurs dans un espace fait des transparences, d’indications pour un récit que Marcheschi nomme Pharaon noir. L’histoire, toutefois, qui raconte la vie, la mort et la résurrection de cette personnalité imaginaire, a peu d’importance, car elle est uniquement un prétexte à un “tissage” entre visible et dicible, entre sonorité et lumière. Ces formes qui surgissent d’une nuit ou d’un rêve sont autant un événement sensible qu’un événement de sens. Soleil noir ?