Qui l’aurait cru ? Celui qui quelques années plus tard va collaborer avec l’industrie automobile et plus précisément avec la régie Renault, se montre ici sans pitié en dynamitant cet objet mythique de la société. Arman ne fait qu’introduire un thème récurrent dans l’art contemporain, celui de la carcasse de voiture endommagée dans un crash, une dépouille mécanique inquiétante. Ironique, l’artiste baptise son œuvre Orchidée Blanche.

Le principe de All over (de bord à bord), cette manière d’occuper toute la surface de la toile, « inventée » par Pollock, se retrouve de deux façons différentes avec Arman. Sur une surface plane, l’artiste juxtapose et superpose des tampons qui forment un essaim étrange et dynamique, fait des traces à peine lisibles. Ailleurs, comme une métaphore, on ne peut plus explicite pour le fameux Plein, le titre anglais Full Up est imprimé sur une boite de sardines, l’invitation pour le vernissage. La photographie montre l’artiste en train de préparer cette installation-performance qui a fait date. Arman, comme ses confrères et plus particulièrement Spoerri, ne s’intéressera que plus tard aux objets lisses et étincelants, domaine de chasse privilégié du Pop Art. Ici, l’artiste recolle les morceaux d’une réalité en lambeaux, qu’’il récupère et recycle. Ainsi, les « personnages », des jouets mélancoliques, ne sont pas de la première jeunesse ; la valise, elle, bien usée. Plus qu’ailleurs, ce sont les différents moments du passé révolu. Bref, la mémoire ou plutôt la nostalgie.

Une fleur inconnue ou un éventail monumental ? Bouquet, gerbe ? A partir d’éléments d’automobiles Arman obtient une spirale d’un blanc immaculé, une œuvre qui métamorphose ce que l’artiste appelle « la fée industrie » en un objet énigmatique et poétique. C’est que à l’instar du roi Midas, il a le don de transformer tout ce qu’il touche en or. « Imaginez un peintre famélique à qui l’on ouvre les portes d’un magasin de couleurs et à qui l’on a dit : allez-y, faites ce que vous voulez. C’est exactement ce qui m’est arrivé avec Renault ». Il est remarquable que dans cette déclaration Arman se prend pour un peintre. Et, de fait, on oublie que si avec les pièces mécaniques l’artiste obtient comme résultat le plus souvent des sculptures étonnantes, il reste néanmoins préoccupé par des principes essentiellement picturaux : l’organisation de la surface et la palette chromatique. Peu de liens entre ces deux Colères. D’une part, le violon est découpé avec une précision chirurgicale. D’autre part, le fauteuil somptueux, cet objet imposant extrait d’un salon bourgeois, a subi une démolition presque totale. Au geste de l’artiste se substitue le feu qu’il ne contrôle que partiellement ; la chaise, métonymie du corps humain, prend ici des accents tragiques.

Pauvre Chopin ! Maltraité par Arman, le piano, emblème du compositeur polonais, perd les pédales. Œuvre exemplaire, qui exprime la fascination de l’artiste non seulement pour l’objet mais pour ses « viscères ». Les Nouveaux Réalistes mais aussi Fluxus s’attaquent aux instruments musicaux et introduisent une cacophonie stridente, loin de l’harmonie traditionnelle. Avec Yamaha, on est bien loin des premières poubelles. Certes, spectaculaire, cette accumulation de motos impressionne. Il n’en reste pas moins que ce gadget colossal ou ce bibelot inutile manque singulièrement de souffle. N’est pas Easy Reider qui veut. Jamais hypocrite, Arman reconnaît sans la moindre hésitation la qualité inégale de certains de ses travaux. Pour lui, c’est le prix à payer quand l’on s’engage dans une création continue. Tout ce qui brille n’est pas d’or, c’est ainsi qu’il baptise une de ses œuvres.