Question étonnante, au moment où l’art contemporain est fréquemment accusé d’être trois fois rien. C’est d’autant plus étonnant quand l’art s’engage dans un dialogue avec une réalité dure, sans offrir de solutions réconfortantes (religieuses, métaphysiques ou autres). Si, malgré tout, je pense que plutôt art que rien, c’est en « appliquant » au domaine artistique la vision de la création littéraire tenue par Pierre Bergounioux. De fait, face à l’objection qu’une quantité importante d’œuvres accusent une absence de mobile sérieux de vivre et de persévérer, l’auteur répond magnifiquement : « J’ai souvent entre les mains des livres romanesques ou poétiques qui me semblent comme ensevelis dans une nuit profonde. Mais comme il s’agit d’œuvres littéraires, et non pas de la chose même dont les œuvres parlent, le désespoir devient un facteur d’espoir en ce que, justement, il établit, en conscience, la prédominance du désespoir. Or toute conscience est arrachement. Le simple fait de prendre conscience d’une chose revient à se soustraire à son emprise ou à ses griffes. Nommer le désespoir, c’est déjà l’objectiver et, pour reprendre l’image beckettienne, le repousser de quelques millimètres ». On ne saura mieux dire.
Art ou rien
L'art face au désespoir