Une célébration, un évènement marquant ? On ne saura jamais. Les nombreux personnages qui envahissent la toile de Joseph Choi, tous habillés élégamment, appartiennent à une période révolue (fin de siècle, années 30 ?). Une promenade dominicale sur le boulevard ? Une sortie du théâtre ? Une famille élargie, grands-parents et cousins inclus ? Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un portrait du groupe mais qui n’accepte pas de se plier aux règles consacrées de ce genre. De fait, les personnes sont floues ou se cachent les unes derrière les autres, certains visages sont effacés, couvert du blanc (arrachés ?). Et pourtant, la présentation frontale et l’aspect figé des hommes et des femmes figurés donnent l’impression qu’ils posent devant une caméra invisible. Le sentiment d’étrangeté que dégage cette mise en scène se situe justement dans l’écart entre le semblant d’arrêt sur image et le traitement plastique « brouillé » qui empêche toute précision. Le regard qui s’approche découvre une fine ligne verticale qui partage le tableau en deux. D’un coup, un soupçon s’éveille ; et si cette « photo de famille » n’était qu’un collage ou photomontage, cette manière de réinventer le passé, de créer une fausse authenticité. Ici, comme ailleurs chez Choi (des images barrés et raturées qui évoquent l’assassinat de Kennedy mais aussi des paysages touffus et embrouillées) on est dans un univers où l’œil erre en quête de repères. Réalité recomposée.
Sans aucune certitude
Portrait du groupe