Victor Brauner (1903-1966) fait partie des artistes qui ont réussi à créer une œuvre singulière, aux accents souvent cruels, hanté par des obsessions et des thèmes ésotériques. Contrairement à certains surréalistes, dont il fait partie dès 1930-date de l’arrivée à Paris de ce Roumain- il ne reste pas fidèle à un système de figuration conventionnel. De fait, il conjugue sans cesse la transcription picturale de ses phantasmes avec des recherches d’ordre plastiques (linéarisme des formes, effets de matière, aplats de couleurs pures ou subtilement nuancées) ou techniques (série de peintures à la cire réalisées pendant la guerre). Marqué par Ernst et Klee, Brauner cherche à mettre en image un univers de rêve en établissant dans ses toiles la confusion du règne humain, animal et végétal et en mêlant des symboles empruntés aux arts primitifs (égyptiens, précolombiens) aux sciences occultes et initiatiques. À mi-chemin entre réel et imaginaire, sa mythologie personnelle s’incarne d’abord dans le mystérieux et étrange Monsieur K, puis ce seront les Chimères au double profil, le personnage du Lycanthrope ou encore la série d’œuvres autobiographiques (Onomatomanies). Biographie devenue légendaire car, par une frappante coïncidence Brauner, qui se focalise sur des figures borgnes prémonitoires s’interpose dans une rixe en 1938 et y perd son œil gauche. En 1948 le peintre rompt avec le surréalisme tout en continuant à travailler avec Matta et produit une série de toiles noires ou la mort est omniprésente. A travers une vingtaine de tableaux et plus d’une centaine de dessins, le Musée des Beaux-Arts de Chambéry présente plusieurs des thèmes et des techniques de cet artiste dont le titre d’un des tableaux La Somnambule qui connaît son avenir (1941) aurait pu servir de credo.
VICTOR BRAUNER-Un surréaliste européen