Aucun sujet n’est plus difficile pour un peintre que des fleurs. Rien, en effet, ne se prête plus facilement au kitsch, à la mièvrerie. Les coquelicots de Monet qui reviennent systématiquement sur d’innombrables bonbonnières et autres bibelots ont définitivement scellé le destin de ce composant de la nature végétale. Il est probable que Soutine connaissait ce danger en s’attaquant au thème floral. Ici, toutefois, aucune vision idyllique, nul épanouissement de la nature, aucune métaphore du printemps. En équilibre fragile sur une chaise (un hommage discret à son rival inavoué, Van Gogh ?), serrées contre le montant du lit, les fleurs sont situées dans un espace étroit et mal déterminé. Leur instabilité est accentuée par la façon dont elles se penchent vers la gauche, par l’aspect désordonné de la nappe posée négligemment sur le siège ou encore par la position « déhanchée » du vase. À l’opposé du placement habituel de cet élément décoratif, le plus souvent le « personnage » principal de la toile, les fleurs de Soutine malgré leur taille importante, malgré le brio de leurs couleurs, semblent n’être là que par inadvertance, plus objet que sujet. Symbole traditionnel de festivité, elles sont ici en quête de tonicité perdue. Bref, encore des fleurs mais déjà une nature morte.