Parfois, il suffit d’une œuvre pour se faire un nom. Pour Alain Jacquet, c’est même d’une œuvre au second degré qu’il s’agit. Mais pas n’importe laquelle. En 1964, il « recycle » le Déjeuner sur l’herbe de Manet-un tableau déjà inspiré par une gravure ancienne- en mettant en scène le critique Pierre Restany, l’artiste Mario Schifano et deux jeunes femmes. Tout ce beau monde est réuni autour d’un pain Jacquet et diverses victuailles, sur fond d’une somptueuse piscine. Cette version ironique du chef d’œuvre, dans la veine du pop art, a une parenté évidente avec Lichtenstein. Jacquet, en effet, développe un travail pointilliste sur la base de la trame de l’héliogravure. Cette technique, qu’il définit en commun avec Mimmo Rotella comme peinture photomécanique tramée, sera baptisée Mec Art, abréviation de Mechanical Art. Elle permet une reproduction multiple de la même image (deux cents exemplaires pour le Déjeuner), une façon de s’approprier une icône artistique ou un symbole de la société et d’en faire un objet de consommation. Une façon aussi de se débarrasser de la fonction artisanale dans l’élaboration des images pour assigner à l’art une visée nouvelle. En toute logique, à partir de 1978 le Mec Art se sert de l’ordinateur comme partenaire idéal et Jacquet produit les Motifs de la Terre avec un « pinceau électronique ». Les dernières années toutefois, l’artiste exécute également des tableaux « traditionnels », peints à l’huile et dont le contenu frôle le kitsch. Ironie ? Peut-être.
Jacquet
L'œuvre d'Alain Jacquet