Longtemps décriée, considérée comme trop raffinée, trop sophistiquée face aux géants héroïques et puissants de l’expressionnisme abstrait qui triomphe à New York, l’abstraction parisienne d’après-guerre refait surface ou mieux encore, s’envole. C’est, en effet, le propos de la manifestation baptisée poétiquement L’Envolée Lyrique, réunissant un grand nombre de peintres abstraits qui pratiquent à Paris entre 1945 et 1956. Titre un peu vague mais qui se justifie quand on constate que depuis la Libération le concept déjà flou de l’Ecole de Paris s’est élargi à l’excès et les apports les plus divers lui donnent des frontières singulièrement mouvantes. L’afflux des artistes, la multiplication des galeries et des Salons, les contacts internationaux, l’émiettement rapide des tendances et des groupes font que la production plastique est d’un éclectisme impressionnant. Cette situation illustre parfaitement la diversité qui caractérise les artistes engagés dans l’abstraction lyrique, dont la définition qui remonte à Kandinsky désigne, en opposition à l’abstraction géométrique, la tendance à l’expression directe de l’émotion individuelle et à la liberté du langage plastique. Ainsi, Hartung, Schneider et Soulages (exposés ensemble en 1949 chez Lydia Conti) proposent chacun une forme de gestualité, plus ou moins contrôlée. De leur côté, les peintres d’origine russe, Lanskoy ou Poliakoff, ne refusent ni la richesse de la matière, ni l’ampleur du registre chromatique. D’autres comme Wols ou Bram van Velde restent à l’écart et inventent chacun à sa façon une vision tourmentée et inquiétante. Enfin, un groupe fortement structuré, Cobra (acronyme de Copenhague, Bruxelles, Amsterdam), peu connu en France, se forme pourtant à Paris. Ses fondateurs les Belges Dotremont et Alechinsky, le Danois Jorn, les Hollandais Appel, Constant et Corneille, se définissant comme “artistes expérimentaux “ font souvent appel à une abstraction qui puise ses sources dans l’art primitif et populaire, privilégient les lignes serpentines et retrouvent le plaisir de la matière et des éclats de couleur. Bref, il semble que le Paris d’après-guerre est moins provincial que nous le fait croire une histoire de l’art désormais consacrée. L’Envolée lyrique, Paris 1945-1956, Musée du Luxembourg, 19 rue de Vaugirard, 75OO6 Paris, tel : 01 45 44 12 90, jusqu’au 6 août.