D’une ampleur exceptionnelle, l’exposition de la BNF rassemble les diverses facettes d’Antonin Artaud pour en faire une œuvre d’art totale. Littérature, théâtre, dessin, cinéma ou radio, l’homme, dans sa fièvre créatrice passe d’une discipline à une autre sans solution de continuité. Fièvre contagieuse, car on retrouve dans chaque domaine le même sentiment d’urgence comme si la pensée et la main se bousculaient sans cesse afin de traduire la révolte d’un corps et d’un esprit de cet « insurgé de l’art ». Dans un souci pédagogique, le parcours de la manifestation se veut à la fois diachronique et synchronique. Ainsi, au long du couloir central on peut suivre l’itinéraire organisé autour des internements successifs qui ont rythmé la vie d’Artaud mais qui ne l’ont jamais empêché de poursuivre ses différentes activités artistiques. Les trois cents œuvres déployées invitent à circuler dans un univers qui dérange encore par sa brutalité. On y voit des extraits de films auxquels Artaud a participé, (Marat dans Napoléon d’Abel Gance) mais aussi La Coquille et le clergyman, réalisé à partir d’un scénario qu’il a écrit. Dans une autre section sont regroupés ses écrits sur l’art, accompagnés par des toiles de ses peintres préférés (Balthus, Masson…) et surtout ses cahiers de Rodez et d’Ivry où l’artiste « commente » ses dessins. Ailleurs, une salle consacrée au théâtre cherche à mettre en scène ses théories et leur impact sur l’avant-garde (Living Théâtre). Mais, avant tout, le visiteur reste saisi par les autoportraits qui le frappent d’entrée, ces visages qui tentent dans un effort exceptionnel, désespéré, de conserver leur charpente, de ramasser les morceaux épars dans une improbable unité désirée et jamais réalisée. Tout laisse à penser qu’Artaud nous jette à la figure ses attentes impossibles d’une forme qui, plus qu’une configuration visuelle, doit être une source de respiration, de parole, d’exclamations, bref, une “boule à cris”. Autoportrait qui exprimerait “la sensation qui a passé en lui et qu’il a voulu transmettre nue”.

Antonin Artaud, BNF, Quai François Mauriac, Paris 13, Tél. : jusqu’au 4 février 2007.