. Ils partagent l’idée que la réalité n’est pas un fantasme, mais qu’un fantasme est une réalité. Jeff Wall le décrit comme une «image accidentelle», aussi réelle qu’un événement observé dans la rue, qu’une vision survenue à partir d’une lecture, ou que la déformation infléchie par l’objectif photographique. Son Pique-nique des vampires (1992) est célèbre, d’ailleurs construit à partir d’une méditation complexe sur l’architecture de verre de la modernité. Plus récemment, D’après « l’Homme invisible » (1999-2001) compose le tableau d’un homme noir, assis dans un capharnaüm au plafond recouvert de 1 369 ampoules. C’est le narrateur du roman de Ralph Ellison, écrit durant sept ans, qui parle : «Sans lumière, je ne suis pas seulement invisible, mais sans forme. Ne pas être conscient de sa forme, c’est vivre une mort. Moi, après avoir existé environ vingt ans, je ne suis pas devenu vivant jusqu’à ce que je découvre mon invisibilité.» La photographie s’y réfléchit.). Chacun procède à la fois d’une intention descriptive et narrative. D’où l’impression de suspense dans ces images, qui semblent compresser tout un film en une seule, fidèles à la définition donnée par André Breton de la photo comme «explosante fixe». Il lui faudra, ensuite, recréer l’événement. Le travail n’est pas création, mais recréation. Finalement, pour nos sociétés occidentales, le génie de l’artiste créateur n’est pas très différent de l’intuition inconsciente qui nous fait enregistrer l’instant béni. Tous deux sont affaires d’empathie. Jeff Wall retarde le déclic, qu’il mette trois jours, trois mois ou trois ans pour aboutir. D’ailleurs, il a commencé par détruire : The Destroyed Room, en 1978, offre l’image d’une pièce rouge défoncée, matelas déchiré, mobilier saccagé, contenu jeté à terre, dont les ouvertures, porte, fenêtre ou même mur fendu, montrent clairement qu’il s’agit d’un décor fait et défait pour l’occasion. , la scène fut inspirée par un tableau de Delacroix, le Massacre de Sardanapale, dont la somptueuse barbarie dérive ici vers un désespoir urbain.
Jeff Wall
art photographique et narratif
Exposition — Jeff Wall, exposition/monographie