Négligée par l’histoire de l’art, car rarement traitée comme un objet plastique, la caricature trouve sa vengeance au sein de l’histoire même. Crainte par les grands de ce monde, elle est cette image paradoxale qui « s’institue en création par la destitution, la désagrégation, voire la destruction de son référent ». Difficilement classable, critique et contestatrice, la caricature échappe par définition à toute hiérarchie. Bertrand Tillier, qui semble tout connaître sur ce que Baudelaire nomme « genre singulier », observe son cheminement de la Révolution française à l’an 2000. Évitant l’écueil d’une chronologie trop linéaire, il propose un « tissage » remarquable entre les moments qui marquent l’évolution de la caricature, souvent liés aux événements qui bouleversent les structures de la société. De fait, la contrainte de lisibilité explicite de la charge idéologique comme le fait de s’adresser à un large public implique que les procédés utilisés par les caricaturistes varient peu. Parlant ainsi de dégradations symboliques, Tillier, à l’aide de nombreux exemples, évoque la pornographie, la scatologie et surtout les diverses métamorphoses qui représentent la régression de l’humain vers le stade animal, végétal ou même objectal. Mais toujours, entre naturalisme et expressionnisme, la caricature déforme pour créer un supplément de ressemblance, exagère les signes distinctifs des personnes représentées afin d’accroître l’évidence de leur identité.
À la charge, la caricature en France de 1789 à 2000, Bertrand Tillier, Les Editions de l’Amateur, 256 p, 38 E.