L’anecdote, devenue l’une de ces légendes dont l’histoire de l’art raffole, est bien connue. Alors qu’il vivait encore à Nice, Yves Klein déclare à Arman qu’ils se partagent l’univers : lui, le ciel, et son ami d’enfance, la terre. « Le ciel bleu est ma première œuvre d’art », affirme-t-il, avec un mélange de poésie et de mégalomanie. Arman, lui, accumule. Son activité principale consiste à récupérer divers détritus et rebuts urbains, qu’il assemble pour en faire des objets-tableaux. Matériel et immatériel, spirituel et banal, bref plein et vide : tout semble opposer ces deux créateurs, malgré leur amitié et leur appartenance au groupe des Nouveaux Réalistes. Et pourtant, sous la houlette de Bruno Corà, et dans une belle scénographie signée par l’architecte renommé Mario Botta, leurs œuvres entrent en dialogue avec harmonie. Certes, la sélection des pièces joue un rôle essentiel dans cette cohérence. Ainsi, on ne trouve ici presque aucune des œuvres les plus brutales d’Arman, comme ses célèbres Poubelles. De même, les traces de tampons sur papier réalisées par Arman en 1959 (Cachets) s’accordent étonnamment bien avec les empreintes laissées par les jeunes filles enduites de pigments sous la direction de Klein dans ses Anthropométries. On peut cependant s’interroger sur le choix du commissaire de n’évoquer les deux expositions marquantes – « Le Vide » de Klein (1958) et « Le Plein « d’Arman (1960) – que par de petites photographies dans la section bibliographique. Trop évident ?
Itzhak Goldberg