Organiser une rétrospective exhaustive d’Asger Jorn (1914-1973) est une gageure. Non seulement le créateur danois reste peu connu en France mais aussi sa production plastique, littéraire ou ses engagements politiques en font l’emblème d’un artiste protéiforme. Cet européen avant la lettre, le plus souvent assimilé au Cobra (COpenhagueBRusselAmsterdam), un groupe proche du surréalisme, participe également au Mouvement International pour un Bauhaus Imaginiste et à l’Internationale Situationniste. Depuis toujours convaincu que la création ne s’envisage que de façon collective, Jorn multiplie les projets communs : l’enregistrement avec Jean Dubuffet de quatre disques de “musique phénoménale”, la réalisation d’un inventaire des signes gravés nordiques avec le photographe Gérard Fransceschi (témoignage important de son intérêt dans l’art primitif et populaire scandinave) ou encore des ouvrages avec Guy Debord (Mémoires et Fin de Copenhague). Peintre avant tout, il expérimente avec la sculpture et la céramique. Tenté par différents matériaux et supports, il réalise les “modifications”, des tableaux faits à partir des “croûtes” qu’il achète au marché ou les collages-décollages, des strates des affiches lacérées et encadrées. Figuratif à ses débuts, l’artiste, au contact du matiérisme et surréalisme, se transforme en “extrémiste de la figuration” (Laurent Gervereau). Sa peinture privilégie les lignes serpentines, les figures fragmentées, le plaisir de la matière et des éclats de couleur. Matière brute, mais qui contient déjà dans son épaisseur même certaines inscriptions d’origine, aux confins de l’organique, du corporel et du psychique. Dans ce bestiaire fantastique, la profusion des visages et des masques créent un effet à la fois inquiétant et fascinant.
Jorn
rétrospective Asger Jorn
Exposition — La Planète Jorn, Musée d'art moderne et contemporain, jusqu'au 13 janvier 2002